La Birmanie sur la voie de la démocratie ? (3) – Les enjeux de l’élection présidentielle de novembre 2015

Tous les regards sont maintenant tournés vers les élections présidentielles de novembre 2015. Elles constituent un véritable défi démocratique pour le gouvernement qui a assuré que les temps de campagne et les règles de transparence seraient respectés. Ce qui est sûr, en tout cas, c’est qu’Aung San Suu Kyi ne pourra pas se présenter, puisque son parti a échoué à modifier la Constitution de 2008, votée juste après le cyclone Nargis.

Min Ko Naing, un des leader de la génération des révoltes estudiantines de 1988, appelle à une révision de la Constitution, à Rangoon, le 5 janvier 2013 ©Reuters
Min Ko Naing, un des leader de la génération des révoltes estudiantines de 1988, appelle à une révision de la Constitution, à Rangoon, le 5 janvier 2013 ©Reuters

De plus en plus d’ONGs appellent d’ailleurs à éviter d’idéaliser son personnage. Son rôle ne peut plus être politique, son champ d’action étant extrêmement réduit. Si elle a été le meilleur symbole de l’opposition pendant les années les plus dures de la dictature militaire, elle aurait aujourd’hui tout intérêt à laisser le champ médiatique à de nouvelles forces vives, possiblement – au sens de légalement – éligibles. La meilleure fonction qu’elle peut aujourd’hui endosser est celle de médiatrice entre les minorités ethniques en guerre et le gouvernement.

A la suite de l’annonce de l’échec de la réforme constitutionnelle, beaucoup d’experts internationaux se sont déclarés très pessimistes quant à l’avenir du pays. Ils sont très peu à penser que les élections de novembre peuvent apporter un réel changement.

D’autant plus que la communauté internationale a un champ d’action très réduit puisque la Chine, l’Inde et la Thaïlande sont les principaux partenaires de la Birmanie. De pressions commerciales, on ne peut donc pas espérer beaucoup. Autre problème : la Chine, par son droit de véto, a le pouvoir de bloquer les actions des Nations Unies dans le pays.

Des raisons d’espérer ?

Pourtant, nous avons pu constater que l’espoir subsiste au niveau local. La société civile est la meilleure promesse d’évolution du pays. De nombreuses associations – à l’instar de Share Mercy – voient le jour, aidées par des fonds humanitaires internationaux, qui – à défaut de pouvoir intervenir – augmentent les crédits de la Birmanie.

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Le bidonville de Dalat, non loin de Yangoon

Etonnement, cette société civile – quand elle déclare ses actions, ce qui n’est pas toujours le cas – entretient de bons rapports avec la junte militaire.

Grâce à ces associations, les birmans commencent à prendre conscience de l’anormalité de la situation politique. Ils prennent conscience de leurs droits et de la légitimité de leurs revendications. Mieux : ils ne sont plus prêts à attendre indéfiniment. Chaque jour, ils sont de plus en plus nombreux à rejoindre les bancs des associations militantes. Un véritable mouvement national est sourdement en train de prendre forme.

Alors que faire ?

Le meilleur moyen de permettre à la Birmanie de s’engager frontalement sur la voie de la démocratie est sans conteste de soutenir ces initiatives locales et de relayer leurs messages. C’est en tout cas notre conclusion, et c’est la raison de cette série d’articles.

Cette étape birmane nous a permis de constater, une nouvelle fois au cours de notre voyage, que c’est toujours dans les coins les plus sombres que finit par naître l’espoir. En Birmanie, en tout cas, c’est dans les bidonvilles les plus pauvres et les plus insalubres que les premiers sursauts démocratiques sont en train de voir, doucement mais durablement, le jour.

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Charlotte.

Retrouvez le dossier complet :

  1. La Birmanie sur la voie de la démocratie ? (1) Un peu d’histoire
  2. La Birmanie sur la voie de la démocratie ? (2) Le cyclone Nargis et la naissance d’une société civile
  3. La Birmanie sur la voie de la démocratie ? (3) Les enjeux de l’élection présidentielle de novembre 2015

Retrouvez la vidéo d’Antoine : Chaîne de solidarité #8 en Birmanie