La Birmanie sur la voie de la démocratie ? (1) Un peu d’histoire

S’attaquer à la question du contexte politique en Birmanie n’est pas chose aisée. Le sujet est délicat, les sources diverses et souvent contradictoires. Mais s’il y a bien une chose sur laquelle tout le monde s’accorde, c’est que la Birmanie sort de plusieurs décennies de dictature sous le régime de la junte militaire et que – plongée dans une sorte de statu quo léthargique – elle s’essaye tout juste aux balbutiements de la démocratie. Les années à venir sont en tout cas décisives, et la communauté internationale a les yeux rivés sur les prochaines élections de novembre qui peuvent avoir un véritable impact sur l’avenir du pays.

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A Yangoon, nous avons rencontré Ni Ni et William, les fondateurs, aux prénoms anglicisés, de l’association Share Mercy (dont vous pouvez retrouver les actions dans la vidéo d’Antoine). C’est une matinée de discussion passionnante qui m’a donnée envie d’écrire sur le sujet. Le point de vue des deux birmans m’a en effet paru suffisamment intéressant et suffisamment méconnu pour avoir envie de le relayer. Sans compter que, depuis que nous sommes partis, nous avons trop souvent réalisé que tourisme et réalité politique allaient rarement de pair. Il m’a donc semblé qu’un petit éclairage de lanterne ne pouvait pas faire de mal.

De gauche à droite : un bonze, Ni Ni et Antoine, en plein tournage
De gauche à droite : un bonze, Ni Ni et Antoine, en plein tournage

Le sujet étant toutefois bien moins alléchant que les dernières expériences culinaires d’Antoine, pour plus de clarté et de lisibilité, j’ai donc décidé d’en faire trois articles.

Dans celui-ci, un peu d’histoire !

Il a fallu que nous nous mettions à la page pour réussir à remettre en contexte les enjeux que Ni Ni et William essayaient de nous transmettre dans leurs discours enflammés.

L’histoire moderne de la Birmanie débute avec l’occupation britannique en 1885. Le pays devient alors une province de l’empire des Indes.

En 1942, en pleine seconde guerre mondiale et alors que les troupes anglaises sont occupées sur le front européen, le Japon envahit le territoire.

Dans les rangs nippons, un homme va devenir célèbre. Birman d’origine, élevé et instruit au Japon, « Aung San » n’a pas hésité à rejoindre les troupes japonaises pour libérer son pays. Mais, comprenant très vite que ces dernières comptent bien remplacer les britanniques, il réussit l’exploit de rassembler le peuple birman et de le soulever contre cette nouvelle occupation. Les japonais désertent la Birmanie et Aung San est acclamé en héros. Aujourd’hui encore, il est considéré comme le père de l’indépendance birmane. Il sera pourtant assassiné en 1947 ; ce qui n’empêchera pas la proclamation de l’indépendance de la Birmanie en 1948 et la mise en place d’une démocratie parlementaire.

Malgré quelques insurrections, la situation reste à peu près stable, jusqu’au coup d’état de 1962. Le général Ne Win prend le pouvoir et la Birmanie s’enfonce dans ce qui est considéré comme l’une des dictatures les plus dures au monde : suppression des instances parlementaires, régime du parti unique, répressions des révoltes dans le sang, barbarie, etc.

Le général Tan Shwe un an avant sa démission - © AFP Christophe Archambault
Le général Tan Shwe, dernier dirigeant de la junte, en 2011 – © AFP Christophe Archambault

En 1988, alors qu’elle a vécu à l’étranger toute son enfance et qu’elle a épousé un anglais, rencontré pendant ses études à Oxford, Aung San Suu Kyi revient en Birmanie pour soigner sa mère malade. La fille du père de l’indépendance devient très vite une figure de proue de la démocratie. Son parti, la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND), remporte les élections générales de 1990, mais la junte militaire les annule et « Mother Suu » est assignée en résidence surveillée. Prix Nobel de la paix l’année suivante, elle devient le symbole de l’opposition au pouvoir en place.

Aung San Suu Kyi - ©Oumma.com
Aung San Suu Kyi – ©Oumma.com

En parallèle, les conflits avec les minorités ethniques font rage. La communauté internationale s’inquiète des entraves de plus en plus graves faites aux Droits de l’Homme. L’ONU envoie plusieurs émissaires, les Etats-Unis gèlent les importations birmanes, en vain. Jusqu’à ce que, presque du jour au lendemain, en 2011, Le Conseil d’Etat pour la paix et le développement – on croit rêver ! – s’auto-dissolve. Il laisse la place à un pouvoir civil, à la tête duquel se tient un ancien membre de la junte : Thein Sein (un peu de liberté mais pas trop quand même).

Le gouvernement met en place une série de réformes sur le plan des libertés politiques et civiles. Dans la foulée Aung San Suu Kyi est libérée, et élue député en 2012. Les relations internationales se détendent petit à petit, et ces signes d’ouverture entraînent la levée de la quasi-totalité des sanctions internationales.

Mais alors que beaucoup d’espoirs se remettaient à naître dans le cœur des birmans – en particulier ceux de Nini et William – aucune amélioration n’a été notée depuis les élections de 2012.

Pourquoi ? Car, dans les faits, la hiérarchie militaire est encore prépondérante dans la balance politique. Elle détient en particulier les trois plus gros ministères : l’Intérieur, les Affaires Internationales et la Justice. Chacun des ministres est en effet tenu d’en référer au commandant en chef des armées. Et, malgré les réformes promises, le bilan de la Birmanie reste l’un des plus déplorable au monde en matière des Droits de l’Homme.

Une seule question : qu’en disent les birmans ?

Charlotte.

Retrouvez le dossier complet :

  1. La Birmanie sur la voie de la démocratie ? (1) Un peu d’histoire
  2. La Birmanie sur la voie de la démocratie ? (2) Le cyclone Nargis et la naissance d’une société civile
  3. La Birmanie sur la voie de la démocratie ? (3) Les enjeux de l’élection présidentielle de novembre 2015

Retrouvez la vidéo d’Antoine : Chaîne de solidarité #8 en Birmanie

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