La Birmanie sur la voie de la démocratie ? (2) Le cyclone Nargis et la naissance d’une société civile

Malgré la quasi-paralysie gouvernementale, la population locale commence à s’animer, et notamment la communauté étudiante, à l’origine de la plupart des révoltes et manifestations.

Un événement se trouve en particulier à l’origine du sursaut réactionnaire des dernières années : le cyclone Nargis qui a dévasté une partie du pays en mai 2008.

© Brian Sokol
© Brian Sokol

La tempête a noyé sous la mer plus de 5000km2, détruisant sur son passage presque 75% des infrastructures – habitations, écoles, monastères et hôpitaux – et faisant officiellement plus de 40 000 morts (bien que les chiffres des ONGs frisent les 100 000).

©Eduterre.Ens-Lyon.Fr
©Eduterre.Ens-Lyon.Fr

Mais le plus grave n’est pas là : près de la moitié des victimes aurait pu être épargnée. Il a en effet été découvert plus tard que, malgré les alertes à répétions de l’Inde, le gouvernement n’a délibérément pas prévenu les populations des zones à risque de l’arrivée du cyclone.

Pire, une fois le cyclone passé, constatant le désastre, au lieu de venir en aide aux victimes, les autorités cherchent à cacher l’hécatombe à la communauté internationale. La zone sinistrée est balisée, et rendue impossible d’accès, encadrée par des militaires.

Malgré tout, la population birmane commence à s’organiser. Des volontaires rassemblent des denrées alimentaires et des outils pour dégager les débris. Mais ils sont arrêtés par la police, et forcés de débarquer leurs cargaisons aux barrages.

Il faudra que la Chine – principal partenaire commercial de la Birmanie – finisse par faire pression pour que le gouvernement autorise enfin l’accès de la zone à l’aide humanitaire. Mais il est trop tard. Entre temps, des milliers de personnes sont mortes, coincées sous les débris ou affamées.

Cerise sur le gâteau, alors qu’une partie de son peuple agonise, la junte refuse de décaler le référendum prévu dans le but de faire voter la nouvelle Constitution. Constitution qui stipule – entre autre – qu’un candidat à la présidentielle ne peut avoir épousé un étranger ou avoir des enfants de nationalité étrangère. Ce qui est précisément le cas de Aung San Suu Kyi, longtemps mariée à un anglais, dont elle a eu deux enfants. Sans surprise, le oui l’emporte à 92%. Quant au taux de participation, il aurait été de 99%. Inutile de préciser que les résultats ont été truqués.

Des manifestants demandent l'autorisation de l'aide internationale avant le référendum - ©AFP
Des manifestants demandent l’autorisation de l’aide internationale avant le référendum – ©AFP

L’indignation gronde. Puisque les dirigeants au pouvoir sont incapables de prendre soin de leur peuple, ce sont les birmans eux-mêmes qui se chargeront des plus démunis. C’est la naissance d’une véritable petite société civile, composée d’une multitude d’associations locales.

Parmi elles, Share Mercy, qui voit le jour grâce à Ni Ni et William. Après plusieurs années d’expérience dans le secteur humanitaire, ils nous décrivent les trois problèmes les plus sérieux de la Birmanie qu’ils essayent de palier par leurs actions.

Les trois problèmes majeurs de la Birmanie

  1. La pauvreté 

La Birmanie fait partie des pays les plus pauvres du monde : l’OMS estime que 40% de la population vit encore sous le seuil de pauvreté. Par ailleurs, sur les 51 millions d’habitants, 75% sont encore paysans. Les considérations de la plupart d’entre eux relèvent donc encore de l’ordre de la survie : les besoins en nourriture et en eau, les problèmes d’hygiène et les maladies associées.

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Contrairement à ce qui était attendu, le relatif assouplissement politique de 2011 n’a pas entraîné de création d’emploi significative ni d’amélioration économique globale. En cause : l’absorption d’une très grosse partie du revenu du tourisme par la junte militaire (pour plus de précision, voir notre point tourisme dans l’article récapitulatif). Sans compter que 70% du budget de l’état est alloué à l’armée.

  1. L’éducation

Comme dans beaucoup de pays en voie de développement, l’école n’est pas une priorité en Birmanie. L’éducation dispensée dans les écoles gouvernementales est donc très pauvre, sans compter que le gouvernement a tout intérêt à maintenir les habitants dans un état de connaissance minimale afin d’éviter toute forme de rébellion. Ce n’est d’ailleurs pas une coïncidence si la plupart des manifestations ont pratiquement toujours émané de la communauté étudiante.

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  1. Les Droits de l’Homme

C’est évidemment LE problème majeur de la Birmanie. Qu’il s’agisse des révoltes étudiantes, de la rébellion des moines en 2007 ou des revendications des minorités ethniques, tous les mouvements sont systématiquement, durement et sauvagement réprimés dans le sang.

Faute d’éducation – (tout est lié) – la majorité des birmans ignorent tout de leurs droits, de la légitimité de leurs revendications, du sens de la justice ou encore de la notion d’Etat de Droit.

Mais alors, comment envisager la suite ?

Charlotte.

Retrouvez le dossier complet :

  1. La Birmanie sur la voie de la démocratie ? (1) Un peu d’histoire
  2. La Birmanie sur la voie de la démocratie ? (2) Le cyclone Nargis et la naissance d’une société civile
  3. La Birmanie sur la voie de la démocratie ? (3) Les enjeux de l’élection présidentielle de novembre 2015

Retrouvez la vidéo d’Antoine : Chaîne de solidarité #8 en Birmanie

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