La culture Thaï

Depuis notre départ, la Thaïlande est le premier pays dans lequel nous n’avons pas eu le temps de nous adonner à de vraies activités touristiques. En revanche, nous avons passé les dix premiers jours de notre séjour en immersion presque totale avec les habitants. D’abord à Bangkok avec mon cousin Charles, moitié Thaïlandais, puis à Nang Rong avec Philippe, Jinda et l’équipe de la Maison Bleue.

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A défaut de vous livrer des photos ou conseils de voyageurs, on vous parle ici des spécificités thaïlandaises qui nous ont étonnés.

A mi chemin entre l’Inde et la Chine : La Thaïlande se trouve au confluent des cultures indiennes et chinoises ; l’ « Indochine » ne signifiait d’ailleurs pas autre chose. Leur alphabet est un dérivé du sanskrit indien et, bien que 95% de la population soit bouddhiste, les thaïlandais continuent à vénérer plusieurs dieux hindous, en particulier Ganesh, le dieu à tête d’éléphant, ou encore Brahma et Vishnou, les dieux créateurs et protecteurs. Du côté de la Chine, dès 1825, pour échapper à la dynastie des Qing et à l’enchaînement des guerres civiles, une partie de la population se met à émigrer vers le Siam. La région est alors sous-peuplée et les chinois y sont très bien accueillis. Mais dès le début du XXe siècle et en particulier sous le règne de Rama VI, imprégné de mouvances nationalistes, les politiques se durcissent à leur égard. Une série de lois est adoptée pour forcer les migrants à se doter d’un patronyme thaïlandais et à passer des tests de langue. Dans le même temps, les journaux mandarins sont interdits, les écoles chinoises fermées et certains métiers interdits aux étrangers. Les chinois n’ont plus le choix, ils sont donc très rapidement intégrés à la culture ; et aujourd’hui, il y a en Thaïlande, plus de 6 millions de sino-thaïs, en majorité à Bangkok. Ce qui en fait le pays où la diaspora chinoise est la plus répandue. Les chinois ne sont pour autant pas toujours très bien vus. Possédant une grande partie du monopole des industries, des corps médicaux et des banques, les thaïlandais leur reprochent en silence de s’enrichir sur le dos des populations les plus pauvres.

Leur alphabet est un dérivé du sanskrit indien
Leur alphabet est un dérivé du sanskrit indien

Sur le coup d’état du 22 mai 2014: Le 6 mai 2014, la Première Ministre Yingluck Shinawatra est destituée par la justice pour abus de pouvoir. Son ministre du commerce la remplace en tant que Premier Ministre par intérim. Mais ce n’est pas du goût des « chemises jaunes » – pro-monarchie – qui manifestent quelques jours après pour réclamer la dissolution de la totalité du gouvernement. En réaction, les « chemises rouges » – pro-Thaksin, l’ancien Premier Ministre, très controversé, exilé à Dubaï – en majorité des ouvriers et des paysans, descendent à leur tour dans les rues de Bangkok pour exprimer leur soutien au gouvernement. Le 20 mai, l’armée annonce la mise en place de la loi martiale sur le territoire pour calmer les « violences » auxquelles est en proie le pays. Deux jours plus tard, le 22 mai, le général Prayuth Chan-ocha déclare lors d’une apparition télévisée, qu’il prend le pouvoir. C’est le 9ème coup d’état militaire depuis 1932. Pour autant, les violences qui devraient justifier cette prise de pouvoir, sont loin d’avoir été aussi terribles que ce que les médias locaux ou occidentaux ont bien voulu relayer. En réalité, la grande majorité des manifestants a été payée par les organisations politiques, à raison de 500 Bath (environ 12 euros) la journée. Venus des campagnes, beaucoup ne connaissaient même pas la nature des revendications pour lesquelles ils défilaient. Et si les rues étaient bloquées, la plupart du temps, c’était par une ambiance de fête foraine : les commerçants avaient installé leurs stands de nourriture et de vêtements bon marché sur les trottoirs. L’occasion de faire quelques affaires avec les manifestants ou les touristes curieux. D’une manière générale, le coup d’état n’a pas changé grand chose au quotidien des thaïlandais. Si ce n’est que les boîtes de nuit ferment maintenant à 2 heures du matin, au lieu de pousser jusqu’au petit jour. Le général Prayuth Chan-ocha a cependant récemment annoncé son intention de restreindre les arrivées en masse de touristes. Une décision qui – si elle est mise en place – risque de faire souffrir l’économie, le tourisme représentant 10% du PIB.

Sur la politique : Dans l’éducation thaï, on apprend à ne pas critiquer, à ne pas donner son avis, mais aussi à ne pas trop se démarquer de la masse. Il est souvent mal vu d’être autodidacte ou marginal. En conséquence, les thaïlandais n’ont pas véritablement d’avis politiques. Le gouvernement et ses affaires appartiennent à un monde obscur et très lointain dont ils ne se préoccupent guère. Une attitude qui peut difficilement évoluer, en particulier car les journaux, radios ou chaînes de télévisions sont tous détenus par un parti politique ou par l’Etat.

Sur le Roi : A son arrivée au pouvoir en 1910, Rama VI – le même qui durcit les lois envers les immigrés chinois – donna au nationalisme thaïlandais une dimension culturelle. Trois piliers furent définis : le roi, la nation et la religion. Depuis, tous les lieux publics, mais aussi tous les foyers sont dotés d’une photo du roi ou de la famille royale. La fête des pères a d’ailleurs lieu le jour de son anniversaire : le 5 décembre, qui est aussi un jour férié. Par ailleurs, une grande partie des personnes incarcérées le sont pour crime de lèse-majesté. Même pour un étranger, un blasphème peut entraîner une expulsion immédiate du pays ainsi qu’une interdiction de séjour ad vitam aeternam.

Dans le salon, une photo du roi et de la reine
Dans le salon, une photo du roi et de la reine

Sur le rapport à la nourriture : Manger est l’acte central de la journée pour les Thaïlandais qui font environ 6 repas par jour, à savoir toutes les 2 ou 3 heures. En guise d’introduction ou de salutation, au lieu de poser la traditionnelle question « Comment vas-tu ? », les thaïlandais demandent plus généralement : « As-tu mangé ? ». Si au quotidien, ils se nourrissent de portions plus petites que celles de nos repas occidentaux (un bol de riz avec des légumes, ou une soupe), il en est tout autrement lorsqu’il s’agit de recevoir. Dans la province du Buriram, où nous visitons une des écoles soutenues par La Chaîne de l’Espoir, nous sommes invités à déjeuner par les professeurs. Ils disposent alors sur la table pas moins de 5 plats par personne !

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Sur l’honneur : Ne pas perdre la face est crucial chez les thaïlandais, et d’une manière plus générale partout en Asie. Avouer un échec, une ignorance ou demander de l’aide est souvent synonyme de déshonneur. Ainsi préfèrent-ils indiquer une fausse direction plutôt que d’avouer qu’ils n’ont aucune idée de l’endroit où nous souhaitons nous rendre. Bon à savoir quand on voyage !

Sur le sourire : La Thaïlande est connue pour être « le pays du sourire ». Mais si les thaïlandais sont, pour la plupart, naturellement gentils et bienveillants, il ne faut pas pour autant se méprendre sur la nature de leurs sourires. Ces-derniers ne sont pas toujours synonyme de satisfaction : ici, on sourit en toute occasion, et quelle que soit l’émotion ressentie. Le dictionnaire définit ainsi pas moins de 18 sourires différents : du sourire joyeux au sourire honteux en passant par le sourire dédaigneux ou provoquant. Finalement, un thaïlandais peut tout aussi bien nous arnaquer qu’un indien, mais la bouche en cœur.

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Sur la transsexualité : L’homosexualité et la transsexualité sont particulièrement bien acceptées dans le pays, car les thaïlandais y trouvent une explication religieuse. Selon la croyance bouddhiste, ceux qui auraient fauté dans des vies antérieures se voient réincarnés dans un corps différent à celui de leur orientation sexuelle. Le cœur conservateur du gouvernement n’est toutefois pas aussi tolérant, et les transsexuels disposent encore de très peu de droits. La prostitution leur est souvent le meilleur moyen de gagner leur vie, d’où les fameux et nombreux « lady boys » qui courent les rues de Bangkok.

Sur le rapport à l’argent : Les nuits ne sont pas les seules à se monnayer dans le pays du sourire. Chaque chose a un prix, y compris la vie d’un homme ou le travail d’un enfant. En 2012, le petit-fils de Chaleo Yoovidhya – le milliardaire à la tête de l’empire Redbull – percute, au volant de sa Ferrari, la moto d’un policier, qui meurt sur le coup. Il échappe à toutes poursuites judiciaires après le versement de la somme de 3 millions de bath (soit 75 000 euros) à la famille du mort. Aussi simple que ça !

Charlotte.

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