Sur les traces des premières actions éducation de La Chaîne de l’Espoir

Quand il arrive en 1987 dans les bidonvilles de Bangkok, Philippe Théard – un ancien reporter de guerre au parcours étonnant – réalise que le meilleur moyen d’en sortir les enfants qui y vivent, est de leur permettre d’accéder à l’éducation.

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Car si l’école est gratuite en Thaïlande, les familles les plus pauvres ne peuvent souvent pas financer les frais annexes : uniformes, manuels scolaires, collations, etc. Très peu d’enfants se rendent donc à l’école au-delà du primaire obligatoire, et se retrouvent déscolarisés à 12 ans – âge légal du travail des enfants – sans diplôme ni qualification.

Le parrainage pour envoyer les enfants à l’école

Pour leur permettre de prétendre à un avenir meilleur, Philippe Théard et Alain Deloche – le fondateur de La Chaîne de l’Espoir – ont l’idée de mettre en place des parrainages.

Avec 30 euros par mois pour un enfant, l’association s’engage à financer son uniforme, son matériel scolaire, ses produits d’hygiène, ses collations, son accès aux soins et ses frais de scolarité. Les quelques euros qui restent seront placés sur un livret d’épargne au nom de l’enfant.

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Objectif : venir en aide au plus grand nombre possible. Une action dont Philippe prend la tête sur place, et en particulier dans le Buriram, une des régions les plus pauvres, au Nord-Est du pays.

Les profs au cœur du système

Mais, lorsqu’il y met les pieds, Philippe se heurte très vite à des difficultés : l’éducation est un sujet délicat, dont le gouvernement s’est octroyé l’entière gestion. Il comprend qu’il ne pourra rien faire sans des alliés de l’intérieur. Une seule solution : gagner la confiance des professeurs dans les écoles.

Fonctionnaires, rémunérés par l’état, ces-derniers sont encore de véritables notables et en particulier dans les régions les plus pauvres ou le taux d’alphabétisation est très bas. Vivants dans les villages, ils connaissent en général toutes les familles et ont toujours un œil sur les enfants. Si bien qu’ils sont souvent les premiers au courant lorsque certains se retrouvent en détresse.

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A ceux qui acceptent de devenir bénévole pour La Chaîne de l’Espoir, Philippe leur explique leur rôle:

  • Repérer, dans les écoles ou les villages, les enfants en difficulté pour leur permettre de bénéficier du parrainage
  • Assurer le suivi administratif des enfants parrainés : 3 rapports par an, 1 dossier médical, et 1 bulletin scolaire, à envoyer à La Chaîne de l’Espoir et transmis aux parrains
  • Faire le lien avec les parrains en transmettant les lettres et les colis, dans un sens comme dans l’autre
  • Gérer les finances des enfants, qui ne peuvent pas débloquer l’argent de leurs livrets d’épargne sans leur accord

En 1994, le parrainage commence dans 12 écoles avec l’aide d’une poignée de professeurs. 20 ans plus tard, ils sont plus de 200 bénévoles dans 65 écoles de la région, et se sont même fédérés en association, ce qui leur permet d’être reconnus par le gouvernement thaïlandais pour leur action envers La Chaîne de l’Espoir.

Qui sont les enfants parrainés ?

C’est en grande partie grâce à eux que plus de 3000 enfants sont aujourd’hui parrainés.

Les professeurs les identifient en fonction du degré de difficultés financières et morales de leurs familles. Les plus jeunes ont 4 ans, et tous, sont parrainés jusqu’au moment où ils quittent les bancs de l’école ou de l’université.

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C’est grâce à cette bourse que la majorité d’entre eux pousse leur scolarité jusqu’aux études supérieures : dans des cursus techniques, mais aussi dans des formations de comptable, coiffeur ou cuisinier. Ce qui leur permet de trouver un travail sans difficulté à leur arrivée dans les grandes villes.

La Maison Bleue pour les cas les plus graves

Mais le parrainage n’est pas toujours suffisant. En dehors de l’école, certains enfants vivent des drames familiaux : battus, violés, abandonnés, orphelins, parents malades du sida, ou trop pauvres pour les élever et les nourrir. Ce n’est plus leur scolarité mais parfois bien leur vie qui est en danger.

Pour ceux-là, La Chaîne de l’Espoir a créé en 2004 la Maison bleue – de la couleur du toit de la bâtisse – dans le petit village de 300 habitants de Ban Nongtakai. A mi chemin entre la maison d’accueil et l’orphelinat, les enfants, repérés par les professeurs, y trouvent un toit, de la nourriture, mais aussi de la chaleur humaine.

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Certains n’y restent que quelques mois le temps de s’y reposer ou en attendant que leurs problèmes familiaux se résorbent. Comme cette petite fille, battue par son père alcoolique tous les soirs, retournée vivre avec lui une fois qu’il eut abandonné la bouteille.

Mais d’autres n’ont parfois plus de parents. Ils trouvent alors à la Maison bleue une seconde famille. Ici on leur donne le plus beau des droits : celui de n’être qu’un enfant.

En 2006, au vu de l’urgence de certaines situations et du manque de place, un deuxième pavillon voit le jour. Il servira de dortoirs pour les filles et de bureaux pour le personnel.

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Aujourd’hui, ce sont 18 garçons et 22 petites filles qui vivent au quotidien dans ces deux maisons qui sont les plus grands bâtiments du village. Les enfants ont le droit d’y rester jusqu’à leurs 18 ans, après quoi, l’équipe de la Maison bleue les envoie en ville faire leurs études. Car, même s’ils vivent dans un environnement un peu particulier, les enfants sont également parrainés, ce qui leur permet de suivre une scolarité normale.

Ils sont entourés au quotidien, de jour comme de nuit, de 16 personnes bienveillantes : des éducateurs, des psychologues, mais surtout de Jinda.

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Infirmière de formation, elle est la directrice de la Maison bleue et le bras droit de Philippe. Elle veille sur les enfants avec le cœur d’une mère, panse les bobos du corps comme ceux du cœur. Et les enfants le lui rendent d’ailleurs bien : tous, l’appellent « maman ».

C’est elle qui nous a expliqué que la plupart des enfants arrivaient psychologiquement traumatisés, parfois violents. Qu’il leur fallait du temps pour s’habituer, se réhabiliter, reprendre goût à la vie. Que la moindre contrariété était parfois déclencheur de terribles vagues de colère ou de tristesse. Et qu’à la Maison bleue, si on ne cédait pas à tous leurs caprices, on leur apprenait que leurs paroles et leurs émotions avaient de la valeur, qu’ils avaient le droit de s’exprimer.

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Quels résultats ?

En 20 ans, ce sont plus de 35 000 enfants qui ont bénéficié du parrainage mis en place par La Chaîne de l’Espoir, dont une centaine qui a trouvé une seconde famille à la Maison bleue.

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Beaucoup sont restés en contact avec l’équipe et envoient même, quand ils le peuvent, un peu d’argent pour soutenir l’action sur place. Tous se sentent redevables et responsables. Comme ces deux nouvelles recrues de la Maison bleue, ayant bénéficié du programme de parrainage jusqu’à leurs études, revenues proposer leurs services il y a un an, fiers de pouvoir aider à leur tour.

Pour tous, l’école a été une chance, et l’amour pas seulement une question de filiation. Et pour nous, l’occasion de réaliser que le bonheur peut naître dans des endroits où on l’attend le moins.

Charlotte.

 

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