Dans le brouillard des Montagnes Jaunes

Fraichement débarqués de Pékin, jeudi 18 septembre, après 5h dans le nouveau TGV qui relie la capitale à Shanghai, nous retrouvons Hugo, un ami qui vit dans ce New-York chinois.

Celui-ci nous fait très vite part de sa nouvelle lubie : il s’est lancé le défi de faire l’ascension des « Huangshan », les fameuses montagnes jaunes, situées dans l’Anhui méridional, une province de l’est de la Chine, à environ 500 kilomètres de Shanghai.

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Ni une, ni deux, nous voici de la partie ! Nous convenons d’acheter des billets de train le lendemain matin, pour un départ le soir même. Seul hic : il n’y a plus de places en couchette. C’est donc assis, que nous ferons les 12 heures de trajet nocturne, à l’aller, mais aussi au retour. Qu’à cela ne tienne, ce sera l’occasion de rencontres, et puis galérer un peu, c’est aussi le propre des voyages, non ?

Ayant une capacité assez extraordinaire à dormir profondément dans n’importe quel transport, ma nuit se passe sans heurt, tandis qu’Antoine et Hugo sympathisent avec un groupe de chinois quadragénaires, dont l’un d’eux fête son anniversaire. Ils se voient offrir du saké et des parts de gâteau, et trinquent en riant : « Ganbei » !

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C’est donc avec quelques cernes sous les yeux, mais non sans un enthousiasme à toute épreuve, qu’ils se trouvent au départ des premiers escaliers de la montagne le lendemain à 11h. Nous avons choisi l’option pédestre tandis que les chinois prennent le téléphérique pour se rendre au sommet des pics en quelques minutes. On nous prédit une arrivée 6 heures plus tard. Nous refusons d’y croire : 5000 marches, ça ne doit pas se faire en bien plus de 3 heures grand maximum. On a déjà fait la grande muraille de Chine nous hein.

Tu parles.

Hugo à l'assaut des escaliers
Hugo à l’assaut des escaliers

Trente minutes eurent raison de mon optimisme, lorsque regardant le plan, persuadée d’être déjà à la moitié du chemin, je réalise que nous avons à peine gravi un dixième de la montagne. Nous nous séparons en deux groupes : Antoine et moi prendront notre rythme (entendons-nous bien, « notre  rythme » signifie évidemment « MON rythme » – bien que je soupçonne Antoine d’être soulagé de pouvoir me faire porter le chapeau), tandis qu’Hugo continue sa route avec Chiara une sud-africaine rencontrée au début de l’ascension.

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Les détails de la montée n’ont pas grand intérêt, mais globalement : j’ai sué, j’ai grogné, j’ai crié, j’ai (failli) pleure(r), j’ai lorgné sur les chaises de porteur que l’on nous propose à chaque palier avant de me dire que ça faisait beaucoup trop colonialiste du second empire, j’ai voulu faire demi-tour, abandonner, me téléporter, me transformer en oiseau, en guêpe, en moustique, en Objet Volant Non Identifié, bref en quelque chose qui vole, j’ai même hésité à me jeter dans le vide pour abréger la plainte aigüe de mes cuisses qui se rappelaient à moi à chaque nouvelle marche. Mais finalement J’Y SUIS ARRIVEE !

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Entre temps, évidemment, 6h30 étaient passées (Ah bon ?!) depuis les premiers escaliers. Nous arrivions juste à temps pour voir le soleil se coucher sur les montagnes, et les nuages prendre cette magnifique couleur jaune orangée qui donne son nom au massif.

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De quoi nous requinquer et nous donner du courage pour nous lever à 5h le lendemain, après une nuit sous la tente posée à même le sol bétonné, à 20 mètres des toilettes publiques (je n’invente rien), afin d’assister au retour du soleil et de redescendre les 5000 marches qui nous avaient offert ces souvenirs impérissables.

Il serait inutile de s’attarder sur la description du spectacle auquel nous avons pu assister ce weekend-là, les photos parlent d’elles-mêmes, et malgré le talent d’Antoine, elles ne reflètent malheureusement qu’une partie de la réalité.

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J’ajouterai seulement, qu’après la leçon d’ouverture que nous avons prise à Pékin, les escaliers de la montagne jaune nous ont rappelé une chose essentielle : nous profitons bien plus de ce que nous avons beaucoup désiré et de ce pourquoi nous nous donnons du mal.

Cela paraît évident dit ainsi, mais je crois que nous l’avions oublié à peu près au moment où les mots « patience », « efforts » et « ténacité » ont quitté notre langage courant à Paris. Sans vouloir faire une mauvaise apologie de la lenteur ou nous faire passer pour des héros (après tout Deng Xiaoping a bien fait cette ascension en piolets à l’époque où il n’y avait pas encore d’escaliers pour accueillir le flot des touristes), la prochaine fois que je taperai du pied à l’idée des 8 minutes d’attente avant l’arrivée du métro, d’une remarque d’un supérieur ou de la énième tentative de jogging au réveil – tous ces petits échecs du quotidien qui malmènent nos programmes minutés ou nos projections fantasmées – je tacherai de me rappeler de la signification de l’expression « une marche après l’autre ».

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Charlotte.

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