Ni Hao Beijing !

Après des adieux, il faut l’avouer, un tantinet larmoyants, à nos familles respectives et 12 heures de vol, c’est Pékin qui eut l’honneur d’accueillir nos premières péripéties tourdumondistes.

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Péripéties. Le terme est juste en ce qui concerne cette première étape. D’abord, car la culture chinoise est à mille lieux de celle que nous avons quittée, mais surtout car nous parlons aussi bien chinois que les pékinois parlent l’anglais, à savoir : « bonjour », « ok », « merci », « au revoir ». Réussir à se faire comprendre par un taxi pour rejoindre notre auberge de jeunesse, puis s’enregistrer auprès de la réception, relève donc en soit de l’aventure. Heureusement Antoine se révèle très fort au jeu des mimes (et croyez moi, imiter « nous voulons rester 4 jours » ou « savez-vous où est le métro le plus proche ? » n’a rien d’aisé)!

Une fois douchés et rassasiés, nous voici parés à découvrir la ville, nos petits sacs d’aventuriers – dont ne nous sommes pas peu fiers – sur le dos. Nous retrouvons Théophile, mon frère, et Gabrielle, sa copine qui s’installe dans la capitale pour 6 mois. Heureusement pour nous, Gabrielle parle couramment chinois et nous apprend très vite les basiques pour communiquer.

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Pendant 5 jours, ils nous emmèneront découvrir les recoins typiques de la ville, que nous entrecouperons de visites plus touristiques : la place Tian’anmen, la Cité Interdite, le parc Beihai, les fabriques de jade et de soie, et bien sûr, l’incontournable muraille de Chine devant laquelle nous restons bouche bée. Non seulement du fait de sa taille et de la sensation peut-être un peu enfantine de nous trouver dans un lieu accessible seulement par l’imaginaire ; mais surtout car, dans nos têtes de petits occidentaux, nous imaginions bêtement que la grande muraille de Chine était…plate.

Or, après deux heures de bus, nous nous retrouvons face à des centaines et des centaines de marches. La montée fut rude, mais inutile de vous préciser que le jeu en valait la chandelle. Bouches bées, souffles coupés et perles de transpiration sur le front ; en somme, deux beaux petits français au sommet!

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Lieux historiques mis à part, notre vraie découverte de la Chine est sans aucun doute les chinois. On nous les avait décrits sectaires, désagréables et indifférents voire racistes envers les blancs. Notre expérience fut totalement inverse. Il ne se passe pas un jour sans que nous nous fassions aborder par quelqu’un dans la rue, le métro ou à notre table de restaurant. « Where are you from ? » commencent-ils tous, avant de nous complimenter sur nos cheveux blonds et nos yeux ronds, ou encore de nous conseiller sur la suite de notre voyage. Certains nous donnent même leur numéro de téléphone : « Appelez moi si vous avez le moindre souci, si vous sentez que vous vous faites arnaquer ou que vous n’arrivez pas à communiquer : je traduirai ». Incroyable ! Nous les remercions à chaque fois chaleureusement. Certes, ceux-là parlent anglais et nous font pratiquement tous part de leur envie d’ailleurs, ils sont donc plus à même de venir à notre rencontre, nous qui incarnons la différence et l’Occident. Pour autant, nous nous étonnerions (inquiéterions ?) de voir un français alpaguer un étranger dans la rue pour lui demander d’où il vient, comment il va et s’il a besoin d’aide. Jamais nous n’aurions pensé recevoir en Chine une leçon d’ouverture.

Quant aux autres, ceux qui ne parlent pas anglais, ils nous tendent souvent en souriant un appareil photo devant les yeux. « Bien sûr, Antoine va vous prendre en photo ». Non non répondent-ils d’un mouvement de tête, venez avec nous sur la photo nous empressent leur bras tendus. La sensation d’être des bêtes de foire dont il faut immortaliser la curiosité s’estompe très vite pour laisser place à de joyeux moments de complicité muette devant les objectifs qui défilent.

Antoine et Gabrielle posent avec une chanteuse de rue
Antoine et Gabrielle posent avec une chanteuse de rue

Autre étonnement dont il faut vous faire part ici : la relation des chinois à ce que, nous français, nommerions pudiquement les « indispositions corporelles ». Rétrospectivement, je crois que je me souviendrai de Pékin comme d’un grand corps en mouvement, dont chaque petite cellule produit à elle seule énormément de liquide : crachant, pétant, rotant, déféquant, bavant et pissant toutes à l’unisson le plus naturellement du monde, sans s’effrayer de la présence proche de ses voisins.

Et ceci, on le comprend la première fois que l’on ressent une envie pressante dans un restaurant, un musée ou qu’importe. Les toilettes ? Dehors bien sûr. Publique. A la turque (d’ailleurs pourquoi dit-on « à la turque » et pas « à la chinoise » ?). Mais surtout – et c’est là que nos cœurs de petits français se mettent à palpiter – sans cloisons ! Il faut donc se soulager en rang d’oignons. Pour un peu, on se lancerait presque dans une grande discussion avec son voisin de table, non pardon, de toilettes (finalement nous sommes presque heureux de ne pas parler chinois) ! D’ailleurs, les enfants, tant qu’ils ne sont pas propres, ne portent pas de couches, mais des pyjamas à trous. Ils n’ont donc qu’à s’accroupir lorsque l’envie leur prend, et ceci bien sûr, peu importe l’endroit où ils se trouvent.

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Le plus surprenant reste les raclements de gorge : les chinois ne se mouchent pas, ils crachent. Partout et à n’importe quel moment. L’habitude prise, nous ne relevons aujourd’hui même plus le chauffeur de bus qui baisse sa vitre pour se délester d’un gros et gras mollard (appelons un chat un chat).

Car après tout, quel est le pire ? Nous qui sommes habitués depuis tout petit à avaler nos glaires, à fuiter discrètement dans le métro en nous accusant tous mutuellement du regard, et qui sommes à jamais condamnés à nous vider seuls sur notre trône de céramique… !

Charlotte.

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