Aventuriers, nous ?!

Voilà maintenant six semaines que nous sommes rentrés ; six semaines pendant lesquelles nous sommes restés silencieux. Pour nous, les grandes vacances sont arrivées plus tôt que prévues : à peine sortis de l’avion le vendredi 22 mai à 9h15, nous avons été plongés dans un tourbillon de festivités. Et, bien sûr, on ne s’est pas fait prier !

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Effusion des retrouvailles, marathon de dîners, barbecues à n’en plus finir, weekends dans le Sud et en Bretagne – où, pour l’occasion, le soleil brillait même sur le golf du Morbihan – et surtout une certitude : Paris est définitivement la plus belle ville du monde.

Exit les sandales à scratch, nous nous sommes glissés dans nos chaussures parisiennes avec une facilité déconcertante. À croire qu’on n’est jamais vraiment partis ! À croire surtout que le mythe de la déprime post tour du monde est fait de toutes pièces. On attend presque avec impatience que la vieille Mère Nostalgie vienne se traîner jusqu’à chez nous, pour mieux lui claquer la porte au nez.

Finalement, la France aussi c'est joli !
Finalement, la France aussi c’est joli !

On fanfaronne ? Ce n’est pas faute d’avoir angoissé.

Je me rappelle de notre arrivée à Pékin, première étape de notre long voyage. J’avais eu un sacré coup de cafard à la vision de ceux qui sprintaient sur la moquette rance de notre chambre d’hôtel. Les draps arôme cendrier, la petite lucarne encrassée qui nous permettait à peine de voir la couleur du jour et le vrombissement du périphérique en guise de berceuse. J’avoue, ce jour-là, sans l’éternel optimisme d’Antoine, je serais retournée illico à l’aéroport.

Pourtant, comme à chaque nouvelle étape de la vie, j’avais oublié que les débuts sont rarement représentatifs de la suite. Et qu’on a toujours plus de ressources en nous que ce que l’on croit.

Car, après tout, notre histoire n’est rien d’autre que celle de deux froussards qui décident un jour d’aller voir jusqu’où ils peuvent repousser les limites du courage.

D’aventuriers, nous n’avions que l’attirail ; il est vrai, soigneusement acheté au Vieux Campeur dans l’espoir de faire meilleure illusion. Et on a beau avoir eu une boussole accrochée à nos sac-à-dos, il est maintenant temps de vous avouer qu’on n’a jamais vraiment su comment l’utiliser.

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Boussole en poche, carte en main, et tout de même égarés entre les glaciers d’Ushuaia !

Non, vous ne perdez pas le Nord : on a pourtant bien traversé 14 pays (avec un sens de l’orientation défectueux), pris 43 fois le bus et 29 fois l’avion (alors que la vision d’un A 320 suffit à me donner des sueurs froides), longé les côtes du Pacifique (en priant – irrationnellement – pour qu’un tsunami ne lance pas ses vagues voraces sur notre frêle bungalow), escaladé les escaliers des Montagnes Jaunes à flanc de falaise (en ravalant – difficilement – notre angoisse du vide), gravi les Annapurnas (en implorant le dieu avalanche d’être clément), ou encore résidé dans quelques villes d’Amérique Latine à la réputation douteuse (en tremblant à chaque passage dans une ruelle sombre).

Baroudeurs, roots, nous ? Certainement pas ! Persévérants ? Sans doute un peu plus. À défaut d’avoir appris à lire une carte, on y a en tout cas gagné le goût de la liberté, celui de la ténacité, mais aussi une certaine fierté. Celle d’avoir finalement traversé sans déboires autant de pays que d’angoisses.

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De retour à Paris, nos oreilles frémissent irrémédiablement au moindre discours des porteurs de projets, autrement dit, de ceux qui s’apprêtent, eux aussi, à repousser leurs limites. Et surprise : ils sont nombreux ! Ces jeunes (et moins jeunes) qui s’apprêtent à entamer des petites révolutions, à se battre pour leurs idées et contre leurs peurs. Jamais nous n’avons eu autant d’exemples autour de nous de projets ambitieux et internationaux. À croire qu’un tsunami s’est bel et bien abattu sur la France pendant notre absence, mais que c’est une vague d’inspiration et de détermination qui déferle sur la jeunesse.

À ceux qui nous pensent courageux, nous avons souvent envie de répondre qu’il n’y a pas qu’en partant faire le tour du monde qu’on peut se lancer dans une grande épopée.

Et c’est sans doute pour cela que nous sommes si heureux d’être rentrés : l’aventure ne s’est pas achevée lorsque les roues de notre avion ont embrassé le tarmac de l’aéroport Charles de Gaulle. L’aventure ne faisait que commencer.

Charlotte.

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Et maintenant, au travail !

 

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